Imaginez être témoin de la disparition graduelle d’un proche, de voir cette personne perdre peu à peu la mémoire jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus entretenir une conversation ou réagir au monde qui l’entoure. Malheureusement, ce scénario est une réalité pour de nombreuses personnes dont un membre de famille souffre de la maladie d’Alzheimer, un trouble cérébral progressif et irréversible qui constitue la cause la plus courante de démence chez les adultes plus âgés. Bien que la fréquence de la démence augmente avec l’âge, elle ne fait pas partie du processus normal de vieillissement (en anglais seulement).

La maladie d’Alzheimer est l’un des plus grands défis de notre époque en matière de santé publique. Comme c’est le cas pour le cancer, il y a fort à parier que tous les Canadiens connaissent quelqu’un qui est ou sera atteint de la maladie d’Alzheimer. En effet, plus d’un demi-million de Canadiens présentent une démence à l’heure actuelle. Chaque année, on déclare 25 000 nouveaux cas de démence. De ce nombre, on estime que de 60 à 70 % de ces personnes seront atteintes de la maladie d’Alzheimer. Et ce n’est qu’un début. On estime que ce pourcentage grimpera à 66 % d’ici 2031.

À l’heure actuelle, les traitements de la maladie d’Alzheimer qui sont approuvés ne font qu’atténuer les symptômes de la maladie. Ils ne préviennent pas son évolution. Aucun traitement ne permet de modifier la maladie d’Alzheimer, de corriger ou de neutraliser ses effets. Les traitements de la maladie d’Alzheimer affichent l’un des taux d’échec thérapeutique les plus élevés (en anglais seulement), soit 99,6 % (par comparaison à 81 % pour le cancer). Chez la plupart des personnes, le cerveau présente déjà d’importantes lésions structurelles et fonctionnelles au moment du diagnostic, ce qui limite la possibilité de renverser la vapeur après l’apparition des symptômes.

Notre objectif, chez Roche, est d’utiliser les connaissances scientifiques pour mettre au point des médicaments et des tests diagnostiques révolutionnaires pour les personnes atteintes de troubles neurologiques, comme nous l’avons fait avec le cancer. Nous accordons la priorité aux maladies pour lesquelles il existe des besoins médicaux insatisfaits, comme la maladie d’Alzheimer. Les percées scientifiques et notre propre expérience dans ce domaine nous ont permis d’approfondir nos connaissances. Or, bien que la mise au point d’un traitement modificateur de la maladie soit à notre portée, le système de la santé actuel n’est pas en mesure de composer avec l’arrivée de nouveaux traitements. Nous devons immédiatement repérer les lacunes du système et trouver des solutions pour que les patients puissent bénéficier de ces traitements dès qu’ils seront disponibles. Les changements requis touchent bien plus que la sphère de la maladie d’Alzheimer. Nous devons répondre aux besoins de la population vieillissante du Canada.

Comprendre le contexte actuel

Pour étudier le problème en profondeur, nous avons lancé des initiatives qui nous permettront de mieux comprendre les répercussions que des traitements modificateurs de la maladie auraient sur le système de la santé canadien. Nous avons récemment consulté un groupe d’experts de la maladie d’Alzheimer. Nous avons constaté des lacunes dans le continuum de soins, du diagnostic au traitement. En effet, vu le grand nombre de patients qui voudront peut-être explorer de nouvelles options thérapeutiques, le groupe d’experts a indiqué qu’il y avait des lacunes dans les infrastructures et ressources liées à l’imagerie, par exemple un manque d’appareils de tomographie par émission de positons (TEP). Ces lacunes pourraient prolonger considérablement le temps d’attente pour les patients, ce qui retarderait le diagnostic. La formation des médecins et leur aptitude à utiliser des tests peu utilisés dans la pratique clinique actuelle, ainsi que l’accès à des neurologues et à des centres de perfusion, pourraient également poser des défis.

Le groupe d’experts a indiqué que les médecins de première ligne pourraient faire partie de la solution. D’après les résultats d’une étude menée par l’Institut canadien d’information sur la santé et l’Agence de la santé publique du Canada, seulement 40 % des médecins de première ligne se sentent bien outillés pour traiter les patients atteints de démence. Le Dr Soeren Mattke, directeur du Center for Improving Chronic Illness Care de l’University of Southern California, affirme que « les médecins de première ligne sont une ressource inestimable. Les spécialistes doivent suivre une formation de huit ans, et on en compte très peu au pays. En revanche, il y a beaucoup de médecins de première ligne, et ces derniers pourraient alléger le fardeau ». La Dre Jennifer Ingram, gériatre au Kawartha Centre (en anglais seulement), abonde dans le même sens : « De nombreuses stratégies ont été déployées à l’échelle nationale et provinciale, et quatre conférences consensuelles sur le diagnostic et le traitement de la démence ont eu lieu au Canada. Toutes ces initiatives ont mis en évidence le rôle essentiel que jouent les médecins de première ligne dans le dépistage et le diagnostic précoces de la démence et de la maladie d’Alzheimer ».

Il s’agit certes d’un important premier pas pour saisir les défis du système de la santé. Nous devons toutefois mettre à profit ces connaissances et trouver des solutions pour améliorer les soins à court, moyen et long terme. Étant donné que les soins de santé sont gérés à l’échelle provinciale, nous cherchons à comprendre les moyens actuels, y compris l’accès aux examens d’imagerie, aux neurologues et aux centres de perfusion, à la lumière du nombre de personnes qui pourraient bénéficier d’un traitement. Nous consultons également des professionnels de la santé et d’éminents chercheurs afin de mieux comprendre les défis que pose le diagnostic de la maladie d’Alzheimer et de savoir comment mieux utiliser les infrastructures déjà en place.

Tirer profit de l’expérience

Nous savons que nous devons diagnostiquer rapidement la maladie d’Alzheimer, avant l’apparition de symptômes, pour ralentir sa progression et améliorer la qualité de vie. Bien que la maladie d’Alzheimer comporte des défis uniques, d’autres maladies peuvent fournir des pistes et contribuer à la formulation de pratiques exemplaires. On peut établir de nombreux parallèles entre les défis que représente aujourd’hui la maladie d’Alzheimer et ceux que le cancer posait il y a quelques années. Comme l’explique Pauline Tardif, chef de la direction de la Société Alzheimer du Canada : « Nous avons réussi à mettre en place des programmes de prévention et de dépistage précoces en oncologie. Nous pouvons le faire pour la maladie d’Alzheimer. Le système de la santé devra être en mesure de répondre aux besoins ».

En mettant notre expérience en oncologie à profit, nous croyons que Roche peut jouer un rôle prépondérant dans l’adaptation des politiques en matière de santé en fonction d’une nouvelle norme de soins et aider les patients à avoir accès à des tests diagnostiques et à des traitements novateurs. Si le cancer surexprimant HER2 était inconnu au Canada il y a 30 ans, les traitements personnalisés du cancer sont monnaie courante aujourd’hui. Nous collaborons à l’heure actuelle avec des intervenants pour que l’établissement d’un profil génomique complet devienne la pierre angulaire du diagnostic et du traitement du cancer. Nous pouvons appliquer ces connaissances à la maladie d’Alzheimer et nous assurer que toute découverte dans le domaine pharmaceutique améliore la qualité de vie des personnes atteintes de cette maladie invalidante.

Nous avons des défis de taille à relever. Nous n’y arriverons pas seuls. Les compagnies pharmaceutiques et les intervenants du système de la santé doivent travailler ensemble. En raison des répercussions considérables de la maladie d’Alzheimer, tant sur le plan individuel que familial, et du fardeau énorme que son diagnostic représente pour la société, nous devons absolument voir l’équilibre entre fardeau économique, coûts des services sociaux et coûts des soins de santé sous un autre angle.

Le 28 février 2019

 

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