Une perspective renouvelée de la santé des Canadiens : la transformation par le partenariat
Article publié pour la première fois le 25 février 2025 sur le site TheFutureEconomy.ca et modifié pour intégrer les données les plus récentes de Statistique Canada.
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Par: Dr. Daniel Edgcumbe, vice-président, Affaires médicales, et réglementaires et directeur médical national de Roche Canada
Il y a aujourd’hui plus de cinquante ans, Marc Lalonde écrivait que le système des soins de santé canadien « ne sert guère à autre chose qu’à accueillir et à soigner les victimes ». Alors ministre de la Santé et du Bien-être social, il s’inquiète de l’augmentation des dépenses en santé, qu’il juge insoutenable. Il déplore également l’absence d’un système standardisé et intégré de tenue de dossiers en santé, l’iniquité de l’accès et l’importance excessive accordée aux soins prodigués par les médecins et aux soins hospitaliers aigus. À l’époque, le rapport Nouvelle perspective de la santé des Canadiens a été acclamé partout au pays pour son caractère visionnaire, en ce qu’il loue les vertus des soins préventifs et de la transformation des systèmes. Toutefois, malgré des décennies d’efforts et d’interventions, bon nombre de ces enjeux sont encore plus pressants aujourd’hui.
Dans son rapport de 2023 intitulé Venir à bout de la crise des effectifs du secteur de la santé au Canada, le Comité permanent de la santé décrit un manque de personnel et un épuisement professionnel généralisé. Pour les patients, cela se traduit souvent par de longues périodes d’attente avant un traitement, des difficultés à voir un médecin de famille et des résultats en santé qui dépendent du salaire ou de l’appartenance ethnique.
Les gens aujourd’hui vivent plus vieux, mais pas nécessairement en meilleure santé. Un Canadien sur quatre sera âgé de plus de 65 ans d’ici 2043. Un plus grand nombre d’entre nous vit également avec des maladies chroniques, qui évoluent généralement sur plusieurs décennies.
Les avancées technologiques peuvent contribuer à atténuer certaines de ces pressions, mais leur accessibilité pose encore problème pour d’innombrables patients au Canada. Ainsi, parmi les pays du G7, le Canada figure au dernier rang en ce qui concerne l’accès aux nouveaux médicaments. Or, l’innovation n’est qu’une promesse en l’air si elle ne parvient pas jusqu’aux patients.
En tant qu’étudiant, médecin, puis meneur dans le milieu hospitalier et les systèmes de santé, je n’ai été que très peu exposé à la collaboration avec l’industrie. Nous ne parlions pas souvent des sociétés pharmaceutiques, sinon pour nous mettre mutuellement en garde contre les menaces qu’elles posaient (particulièrement si elles nous avaient offert le repas). Il n’est donc pas surprenant que de nombreux meneurs du domaine de la santé manquent d’expérience, ou de confiance, quand vient le temps de faire équipe avec l’industrie pharmaceutique. Pourtant, ne pas changer notre perception de la collaboration serait une grave erreur, qui nous coûterait de nombreuses occasions d’améliorer les choses.
Cela dit, la transformation des systèmes de santé peut s’avérer extrêmement difficile. Personne n’a en main toutes les réponses, et c’est précisément la raison pour laquelle nous devons nous montrer ouverts aux partenariats public-privé. En cultivant la collaboration intersectorielle entre les gouvernements, les fournisseurs et établissements de soins de santé, le secteur privé et les universités, nous pourrons nous atteler ensemble à résoudre ces problèmes. Les partenariats novateurs ont le potentiel d’améliorer les soins aux patients, de faciliter l’adoption de nouvelles technologies et de solidifier notre économie.
La proposition de valeur des partenariats public-privé
Sous leur meilleure forme, les partenariats public-privé servent les intérêts communs des deux secteurs. Travailler à ce que le plus grand nombre de patients reçoivent les meilleurs soins possibles est une puissance source de motivation. Les collaborations les plus efficaces tirent également parti des capacités et des connaissances uniques de chaque partie; il en résulte bien souvent des transformations qu’aucune d’elles n’aurait pu faire advenir (ou même imaginer) en travaillant seule.
Les fournisseurs de soins et systèmes de santé subventionnés par l’État possèdent une vaste expertise fonctionnelle et des connaissances cliniques approfondies; ils sont idéalement adaptés au contexte délicat dans lequel ils travaillent. De surcroît, ils peuvent répondre aux questions concrètes qui servent à établir les priorités afin de faire le pont entre la science et les résultats qui importent réellement aux patients, aux cliniciens et aux organismes de financement.
L’industrie privée compte quant à elle un impressionnant bassin de talents et toute une gamme d’expertises. Les grandes sociétés, comme Roche, tirent profit de leurs réseaux à l’échelle mondiale; ainsi, un expert des données de Mississauga ou de Madrid peut contribuer à un projet déployé en région albertaine. Le secteur privé offre également un degré d’agilité et d’innovation difficile à reproduire dans un contexte de financement public. En répartissant les risques, les responsabilités et les expertises, les partenariats public-privé présentent des avantages considérables : stimuler l’innovation, réduire les coûts et augmenter l’efficacité de la prestation de services.
Faire progresser les soins aux patients et la transformation des systèmes de santé
Puisqu’il n’existe pas deux personnes identiques, chaque plan de traitement est différent. Toutefois, les patients n’ont pas toujours accès à une variété d’options; il arrive que les traitements ne soient pas offerts, ou pas accessibles. L’accès aux soins varie considérablement d’une province à l’autre, ainsi qu’entre les régions rurales et urbaines d’une même province.
Roche cherche activement à résoudre ce problème en puisant à même les forces des partenariats public-privé, puisque ces collaborations accélèrent l’adoption d’innovations diverses.
Par exemple, en juin 2024, Roche Canada s’est associée au réseau de santé Horizon, au Programme extra-mural du Nouveau-Brunswick, au gouvernement du Nouveau-Brunswick et à Recherche NB, avec l’appui du Réseau de santé Vitalité. Auparavant, les patients ayant reçu un diagnostic de cancer du poumon devaient se rendre à l’hôpital pour recevoir une longue injection par voie intraveineuse. Un certain nombre d’entre eux peuvent désormais recevoir une injection effectuée en quelques minutes par un membre du personnel infirmer, dans le confort de leur domicile.
Grâce à ce partenariat novateur fondé sur la recherche, les patients auront bientôt accès à une option qui réduit la durée du traitement, offre une plus grande flexibilit é et réduit la charge du milieu hospitalier en matière de soins.
Enrichir la pratique clinique quotidienne par la recherche est caractéristique d’un système de santé basé sur l’apprentissage. Il permet notamment aux cliniciens de générer, de comprendre et d’utiliser de nouvelles données probantes pour prendre des décisions éclairées. Il nous revient donc de multiplier ce genre d’initiatives dans tout le pays.
Un moteur de croissance économique
Au-delà de la prestation des soins, les partenariats public-privé sont favorables à l’économie, dont ils stimulent la croissance en créant des emplois, en alimentant des écosystèmes d’innovation et en attirant des investissements étrangers.
Le secteur pharmaceutique est déjà source d’énormes avantages économiques pour le Canada. En 2022, le secteur pharmaceutique a investi quelque 3,2 milliards de dollars en recherche et développement, a soutenu plus de 110 000 emplois à temps plein de grande valeur et a généré 18,4 milliards en activité économique totale au Canada. Les partenariats public-privé sont d’ailleurs de véritables aimants en matière d’investissement étranger.
Le plus récent partenariat de Roche Canada avec le gouvernement de l’Ontario, par l’entremise d’Investissements Ontario, en est un bon exemple. En effet, l’établissement du pôle mondial informatique de Roche au site de Mississauga créera jusqu’à 250 emplois dans la province. Ces emplois exigeant de hautes qualifications toucheront à des domaines novateurs comme l’intelligence artificielle (IA), l’apprentissage machine, la biologie computationnelle et l’analyse de données. En veillant à cultiver des talents inégalés au Canada, nous nous assurerons de demeurer concurrentiels sur le marché international.
Faire progresser l’innovation en santé
L’innovation technologique crée de nouveaux outils pour favoriser les progrès en santé. L’IA, en particulier, est en voie de révolutionner le domaine en proposant des méthodes novatrices de développement pharmaceutique et diagnostique, ce qui promet de meilleurs soins aux patients. L’avènement de l’IA générative, soit des systèmes capables de créer du contenu tel que du texte, des images ou de la musique en se fondant sur des données ou des schémas puisés à même des corpus existants, marque un moment charnière pour l’industrie, comparable à l’introduction de la biologie moléculaire pour l’élaboration de médicaments dans les années 1970. Pour exploiter le plein potentiel de l’IA, toutes les composantes de l’écosystème doivent collaborer efficacement. On parle ici de générer des données pertinentes et de haute qualité, de déployer des outils qui permettront de passer des paroles aux actes, et de ménager des espaces sécuritaires au sein desquels expérimenter.
Le Canada est depuis longtemps un meneur dans le domaine de l’IA. Nous avons rapidement pris les rênes de l’apprentissage machine profond grâce à des pionniers comme Geoffrey Hinton, Yoshua Bengio et Yann LeCun. Nous avons été le premier pays à lancer une stratégie nationale de l’IA en 2017, et c’est au Canada qu’œuvrent bon nombre des sommités, ainsi qu’un groupe d’instituts de recherche de renommée internationale.
Soucieuse d’asseoir la position du Canada en tête de file de l’IA, Roche Canada a fondé L’IA chez Roche (aiR). Ce partenariat public-privé compte tous les grands instituts de recherche en IA au Canada – Amii (Alberta), MILA (Québec) et l’Institut Vecteur (Ontario), pour ne nommer que ceux-là. Cette collaboration a pour but d’améliorer les résultats en santé par la découverte et l’application de la recherche en IA. Si elle se base sur des recherches approfondies, c’est uniquement par la collaboration que nous serons en mesure de réaliser pleinement le potentiel de l’IA pour transférer ses applications au monde réel.
Il nous appartient de nous prononcer
Les pressions qui s’exercent sur le système de santé du Canada sont plus intenses que jamais. Il y a maintenant plus de cinquante ans, Lalonde lui-même reconnaissait le caractère restreint des ressources disponibles, concluant qu’« En dernier ressort, il appartient aux particuliers, à la société et aux gouvernements, de se prononcer. »
En demeurant ouverts, curieux et enthousiastes face aux possibilités offertes par la collaboration entre le secteur public et le secteur privé, nous pouvons choisir de concrétiser son potentiel transformateur. Nous pourrons ainsi tirer le meilleur parti de nos ressources, même restreintes, et assurer à nos populations des vies plus longues, plus saines et plus heureuses.